Comment acheter sa première œuvre d'art quand on a déjà du goût… mais qu'on n'ose toujours pas franchir le pas

Si tu as déjà pensé « je n'y connais rien en art »

ou que tu ne te sens pas légitime face à une œuvre, cet article est pour toi.

« Et si, moi aussi, je pouvais acheter une œuvre d'art ? »

Il y a une question que beaucoup de personnes se posent en silence devant une œuvre, sans jamais oser la formuler à voix haute. Si tu lis ces lignes, c'est sans doute qu'elle a fini par te suivre.


acheter sa première œuvre d'art.

Si tu es arrivé·e jusqu'ici, il y a déjà quelque chose que j'aime chez toi. Tu aurais pu regarder une œuvre, la trouver belle, puis passer à la suivante. À la place, quelque chose t'a retenu·e. Une question a commencé à te suivre : et si, moi aussi, je pouvais posséder une œuvre ? Et au lieu de la laisser filer, tu as cherché à comprendre.

Cette curiosité t'a menée jusqu'ici. Ça peut sembler anodin. Pour moi, c'est tout l'inverse. Parce que c'est souvent comme ça que commencent les futur·es collectionneur·ses : par une question qu'on n'ose pas encore s'autoriser, et une curiosité plus forte que la peur de ne pas savoir. Pourtant, cette curiosité est presque toujours freinée par une petite phrase que j'entends chaque semaine : « J'adore votre travail… mais je n'y connais rien en art. » Ou sa cousine : « On verra plus tard. Quand j'aurai un peu plus de culture artistique. »

Je comprends parfaitement ces phrases. Mais avec le temps, j'ai compris qu'elles ne parlaient presque jamais d'art. Elles parlent de permission. De la peur de faire un mauvais choix. De l'impression que le monde de l'art est réservé à celles et ceux qui en maîtrisent les codes.

Et c'est là que se joue quelque chose d'important. Parce qu'à force d'attendre de se sentir légitime pour acheter sa première œuvre d'art ou commencer une collection, on ne reporte pas seulement un achat. On reporte une version de soi qui fait confiance à son regard. Une version de soi qui assume sa sensibilité, et qui accepte enfin que son émotion est déjà une forme de compréhension. Et si le problème n'avait jamais été tes connaissances ?

« Je n'y connais rien en art » : ce n'est presque jamais vrai

Ce qui me fascine, c'est que cette phrase vient presque toujours des mêmes profils. Des personnes qui lisent. Qui aiment comprendre le monde. Qui s'intéressent à l'histoire, aux sciences, au cinéma, à l'architecture. Des personnes capables de défendre un livre avec passion, ou d'expliquer pourquoi elles reviennent toujours dans la même ville. Autrement dit… Des personnes qui ont déjà développé un regard.

Alors pourquoi ce regard deviendrait-il soudain illégitime devant une œuvre d'art ?


Tu ne manques pas de légitimité. Tu manques de permission.

C'est une différence immense. Et c'est probablement la chose la plus importante que j'aimerais te transmettre aujourd'hui. Le sentiment d'illégitimité face à l'art ne vient pas de toi. Il est culturel. Regarde : tu fais confiance à ton goût pour choisir un livre, une musique, un restaurant, un voyage. Mais pas pour choisir une œuvre. Comme si ton regard devenait soudain moins fiable. Ce n'est pas un hasard, et ce n'est pas toi. C'est tout un système : galeries fermées, ventes-spectacles, art transformé en actif financier qui a fini par faire douter de ton état par défaut.

J'ai consacré un article entier à ce mécanisme :

Pourquoi le monde de l'art fait croire à des personnes cultivées qu'elles n'y connaissent rien ?

J'y explique pourquoi tant de personnes brillantes finissent par croire que leur regard vaut moins que celui des autres et pourquoi c'est faux. Ce qu'il faut retenir ici tient en une phrase : Ce n'est pas toi qui es illégitime. C'est le monde de l'art qui a entretenu cette croyance.Ton regard n'est pas à construire. Il est déjà là.


Alors, on fait comment ?

Maintenant qu'on a dit l'essentiel, que tu n'as pas besoin d'être expert·e, que ton regard existe déjà et que personne n'a à t'accorder la permission d'aimer une œuvre, il reste une question. Comment s'y prendre, concrètement ?

Bonne nouvelle : c'est beaucoup plus simple que ce que le monde de l'art laisse croire. Pas besoin de parler le jargon. Pas besoin de connaître les courants artistiques. Pas besoin d'attendre le « bon moment ». Voici ce que je te conseille.

1. Oublie la défiscalisation

Si tu commences à te renseigner sur l'achat d'œuvres d'art, tu tomberas forcément sur des vidéos, des articles ou des publications qui parlent de défiscalisation. Comme si acheter une œuvre était avant tout une stratégie patrimoniale. J'aimerais te dire les choses franchement. Pour un·e particulier·ère qui souhaite acheter sa première œuvre, ce n'est pas le sujet. Non, acheter une œuvre ne permet pas de réduire ton impôt sur le revenu.

Le vrai « avantage fiscal » dont on entend parler concerne deux mondes bien distincts.

Le premier, c'est celui des entreprises.

Une société peut déduire de son bénéfice imposable l'achat d'une œuvre d'un·e artiste vivant·e. La déduction est étalée sur cinq ans et plafonnée, à une condition claire : exposer l'œuvre dans un lieu accessible au public ou aux salarié·es. C'est un dispositif légitime, pensé pour encourager les entreprises à soutenir la création vivante, pas pour alléger l'impôt d'un particulier.

Le second, c'est celui des grandes fortunes.

Là, l'art devient un actif financier. On l'achète comme on place de l'argent : pour diversifier un patrimoine, garantir un prêt, transmettre. Certaines œuvres ne sont même jamais accrochées : elles dorment dans des ports francs, d'immenses entrepôts sécurisés, à Genève, au Luxembourg ou à Singapour où elles s'échangent à l'abri du regard et de l'impôt. Une œuvre n'y est plus quelque chose que l'on regarde. C'est une ligne dans un portefeuille.

(Comme toujours, les règles fiscales évoluent, et je ne suis pas conseillère fiscale. Si tu envisages un achat important dans un cadre professionnel, fais valider ta situation par un·e expert·e-comptable ou un·e fiscaliste.)

Alors pourquoi ce sujet revient-il si souvent ?

Parce que le marché de l'art parle volontiers de records de ventes, d'investissements et de milliardaires. Comme si la valeur d'une œuvre se résumait à sa cote. Mais ce récit-là n'est pas le tien. Si ton premier réflexe est de te demander combien une œuvre va te rapporter, tu risques de passer à côté de la seule question qui compte vraiment :

Qu'est-ce qu'elle va faire grandir en toi ?

Une œuvre n'est pas une ligne dans un portefeuille. C'est une présence. Une conversation qui continue longtemps après la première rencontre. Une manière d'affiner ton regard, d'aiguiser ta curiosité et de rendre ta façon de penser le monde plus riche, plus nuancée. Les œuvres avec lesquelles on choisit de vivre ne changent pas seulement nos murs. Elles prolongent qui nous sommes déjà.

À force de les côtoyer, elles deviennent des repères. Elles nourrissent notre imaginaire, enrichissent nos références et donnent de la profondeur aux conversations que nous avons avec les autres. Un jour, tu ne te surprends plus à dire : « Je n'y connais rien en art. » Tu racontes pourquoi cette œuvre te touche, ce que son histoire révèle, pourquoi elle occupe cette place chez toi.

Et c'est là que quelque chose change. Tu n'impressionnes pas parce que tu possèdes une œuvre rare. Tu inspires parce que tu as construit un regard.

Les personnes que l'on admire ne sont pas celles qui accumulent les objets les plus prestigieux. Ce sont celles qui savent créer un récit, faire des liens entre les idées, transmettre leur curiosité et ouvrir des conversations que les autres n'auraient jamais eues. Une grande œuvre ne t'offre pas un statut. Elle t'aide, peu à peu, à devenir cette personne dont le regard compte.

2. Commence par rencontrer l’univers de l'artiste avant de choisir l'œuvre.

On tombe rarement amoureux d'une œuvre par hasard. Bien souvent, on commence par être intrigué·e par une personne. Tu le fais peut-être déjà sans t'en rendre compte.

Tu enregistres certaines images. Tu attends les nouvelles publications d'un·e artiste. Tu lis sa newsletter. Tu regardes ses stories. Tu retournes sur son site. Ne sous-estime jamais ces gestes. Ils disent déjà quelque chose de ton regard.

Avant de choisir une œuvre, prends le temps de rencontrer l'univers de la personne qui l'a créée. Va au-delà des images. Lis sa démarche artistique. Découvre les questions qui traversent son travail, les thèmes qui reviennent, les recherches qui nourrissent chacune de ses créations. Observe comment son univers évolue au fil des années.

Tu trouveras souvent ces clés sur son site, dans sa newsletter, au fil de ses publications ou des textes qui accompagnent ses expositions. Peu à peu, tu comprendras qu'une œuvre n'existe jamais seule. Elle appartient à un ensemble plus vaste. À une réflexion. À une sensibilité. À une vision du monde.

Et c'est précisément cette vision que tu invites chez toi lorsque tu choisis de vivre avec une œuvre. Tu ne choisis plus seulement une image. Tu choisis une manière de regarder le monde qui entre en résonance avec la tienne.

3. Écris à l'artiste

C'est probablement le conseil le plus important de tout cet article. Écris. Vraiment.

L'un des plus grands privilèges de l'art contemporain, c'est que les artistes sont encore là. Tu peux leur parler. Tu peux leur poser des questions. Tu peux découvrir ce qu'aucune étiquette d'exposition ne pourra jamais raconter. C'est une chance que l'on ne retrouve presque dans aucun autre domaine artistique.

Tu peux aimer un roman sans jamais rencontrer son auteur. Être bouleversé·e par un film sans pouvoir échanger avec sa réalisatrice ou son réalisateur. Écouter un morceau des centaines de fois sans jamais comprendre ce qui lui a donné naissance.

Avec les arts visuels, c'est différent. Les artistes ouvrent souvent les portes de leur atelier, de leur démarche et de leur façon de penser. Profites-en.

Tu peux demander :

  • Pourquoi cette œuvre ?

  • Comment cette idée est-elle née ?

  • Pourquoi ce format ?

  • Pourquoi cette technique ?

  • Quel est le point de départ de ton travail ?

  • Pourquoi ce sujet revient-il si souvent dans ton univers ?

Très peu de personnes osent poser ces questions. Pourtant, la plupart des artistes adorent y répondre. Parce qu'une œuvre n'est jamais seulement une image. Elle est le résultat d'années de recherches, de lectures, de rencontres, d'essais, de doutes et parfois même d'obsessions. Comprendre cela transforme complètement la façon de regarder. Tu ne vois plus seulement ce qui est représenté. Tu comprends pourquoi cette œuvre devait exister.

Et lorsqu'une œuvre porte désormais une histoire que tu connais, elle cesse d'être un simple objet accroché à un mur. Elle devient une conversation que tu auras plaisir à prolonger avec les personnes qui entreront chez toi.

4. Ne laisse pas les contraintes pratiques étouffer ton envie

Quand une œuvre te touche, une autre voix apparaît souvent presque aussitôt. « C'est peut-être trop cher. » « Je ne suis pas certain·e. » « Et si je me trompais ? »

Ces questions sont normales. Mais elles ne doivent pas devenir les seules à décider. Demande-toi d'abord ce qui te freine réellement.

Est-ce le budget ? Aujourd'hui, beaucoup d'artistes proposent des paiements en plusieurs fois.

Est-ce que tu n'arrives pas à imaginer l'œuvre chez toi ? Des outils comme la réalité augmentée permettent désormais de la visualiser directement sur ton mur avant de prendre une décision.

Est-ce la peur de regretter ton choix ? Pour mes œuvres originales, un délai de retour est prévu. Parce qu'une rencontre doit rester libre.

Il existe souvent une solution concrète au problème qui te paraît insurmontable. Ne laisse pas une contrainte pratique étouffer une émotion sincère.


C'est aussi pour cela que j'ai créé La Robotte Art XP

Mon travail ne consiste pas seulement à dessiner.

Il consiste aussi à accompagner celles et ceux qui pensent ne pas avoir les codes, jusqu'au moment où ils comprennent qu'ils les avaient déjà.

Avec La Robotte Art XP, je cherche à te redonner confiance dans ton regard.


Moi, c'est La Robotte, artiste dessinatrice. Ce qui me passionne, c'est la façon dont chacun·e devient collectionneur·se à sa manière et ce que ce choix dit de son rapport au monde.

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