Le·la collectionneur·se d’art n’est pas celui ou celle que tu imagines
Si tu as déjà pensé « je n'y connais rien en art »
ou que tu ne te sens pas légitime face à une œuvre, cet article est pour toi.
Le·la collectionneur·se : faire entrer l’art dans sa vie sans changer de vie
Il y a une question que beaucoup se posent quand ils aiment l’art : comment aller plus loin quand on a l’impression de ne pas s’y connaître assez, sans pour autant passer ses week-ends dans les foires et les galeries, autrement dit dans les « bons endroits » ? Si tu te poses cette question, cet article est pour toi.
Collectionneur·se d’art : oublions les clichés
Je ne sais pas toi, mais moi, quand on me dit « collectionneur·se d’art », j’ai plutôt tendance à imaginer une personne très riche qui passe ses week-ends entre une foire d’art contemporain, un vernissage et une vente aux enchères, connaît personnellement la moitié des galeristes de Paris et achète des œuvres à des prix que je préfère ne pas écrire ici.
Et pourtant, ça fait quinze ans que je travaille dans le monde de l’art. Malgré ça, cette image persiste dans mon imaginaire. Et parfois, elle vient même titiller ma propre légitimité d’artiste et de collectionneuse, alors que je suis censée être la première concernée. Il faut dire que pendant très longtemps, pour acheter une œuvre originale, il fallait pousser la porte d’une galerie, fréquenter les ventes aux enchères ou connaître les bons endroits et les bonnes personnes. Forcément, ça a laissé des traces. Sauf qu’aujourd’hui, les choses ont changé. Nous avons beaucoup plus facilement accès aux artistes et à leur travail. On peut découvrir quelqu’un sur les réseaux sociaux, suivre son évolution pendant des années, comprendre sa démarche à travers ce qu’iel partage, lui écrire directement, découvrir son atelier ou acheter une œuvre sans avoir jamais mis les pieds dans une grande foire d’art contemporain.
L’accès à l’art a changé. Mais l’image que l’on se fait du·de la collectionneur·se, beaucoup moins.
Si tu lis ces lignes, c’est probablement que tu es déjà une personne cultivée, curieuse, sensible, avec tes propres références, tes goûts et ton regard sur le monde. Tu ne connais peut-être pas toutes les galeries, la cote des artistes ni les codes du marché, mais tu ne vaux pas moins que quiconque. Au contraire. Tu fais partie de cette nouvelle génération de collectionneur·ses qui n’attend plus la permission du monde de l’art pour construire son propre regard.
Alors, qui sont les collectionneur·ses ?
Une chose est certaine : les collectionneur·ses ne vont pas dans des endroits qui les mettent mal à l’aise. Et je trouve ça important de le dire. Parce que lorsqu’on cherche comment commencer une collection sur Internet, on tombe encore très souvent sur les mêmes conseils : Définis ton budget. Va dans les foires. Suis les galeries. Étudie la cote des artistes. Repère les artistes émergent·es. Renseigne-toi sur le marché.
À force, on finit par croire que pour devenir collectionneur·se, il faudrait presque changer de vie. Je crois exactement l’inverse. Ce qui fera l’intérêt de la collection des collectionneur·ses, c’est justement la vie qu’iels ont déjà. Leurs voyages. Leurs rencontres. Leur métier. Les livres qu’iels lisent. La musique qu’iels écoutent. Les films qu’iels regardent. Les sujets qui les passionnent. Les artistes qu’iels découvrent parfois complètement par hasard.
Un·e architecte ne regardera pas une œuvre comme une chercheuse. Une cheffe cuisinière n’y verra pas forcément la même chose qu’un ingénieur. Une personne qui a grandi entourée de musique n’aura pas les mêmes références qu’une personne passionnée de cinéma ou de littérature. Et tant mieux.
Parce qu’une collection se construit précisément avec tout ça : notre culture, nos rencontres, nos obsessions et notre manière bien à nous de regarder le monde. Les collectionneur·ses n’ont donc pas besoin de changer de vie pour collectionner. Leur vie est déjà la matière première de leur collection.
Collectionner est un acte créatif
Collectionner, c’est aussi créer. Une collection, ce n’est pas une accumulation d’œuvres achetées les unes après les autres. C’est une composition. Le collectionneur fait entrer chez lui des univers qui n’étaient pas destinés à se rencontrer et, petit à petit, crée des liens entre eux. Il construit quelque chose qui n’existait pas avant.
Sacha Guitry, lui-même collectionneur d’objets d’art et de culture, parlait déjà de cette idée dans Cent Merveilles. Il expliquait que l’envie de collectionner vient un peu malgré soi, mais surtout que collectionner devient un art lorsque la collection réussit à devenir le reflet de soi-même. Et forcément, en tant qu’artiste, ça me parle. Quand je crée une œuvre, je peux avoir une bonne idée, une composition qui fonctionne et une technique maîtrisée, si je ne me reconnais pas vraiment dans le résultat, il manque quelque chose. Une œuvre est vraiment réussie pour moi quand je peux la regarder et me dire : oui, ça, c’est moi.
Je crois qu’une collection se construit un peu de la même manière. Donnez exactement le même budget à dix personnes, faites-leur découvrir les mêmes artistes et revenez quelques années plus tard : aucune n’aura fait les mêmes choix. Les goûts, les rencontres, les obsessions, les souvenirs et les valeurs de chacun·e vont forcément s’y glisser.
C’est un peu comme un·e DJ : iel n’a pas composé tous les morceaux de son set et pourtant, en les choisissant, en les rapprochant et en les faisant dialoguer, iel crée quelque chose de personnel. Le geste créatif n’est pas seulement dans ce que l’artiste fabrique de ses mains. Il est aussi dans ce que le collectionneur choisit de réunir.
Et le rappeur Oli l’exprime à sa manière avec une phrase que j’adore. Dans son Musée imaginaire, il raconte avoir longtemps regretté de ne pas savoir dessiner, avant de dire : « J’ai emprunté la main des autres. » Je trouve que cette phrase résume parfaitement sa façon de collectionner. Oli choisit des œuvres, souvent celles de personnes qu’il aime ou qu’il admire, puis les rassemble dans un ensemble qui finit forcément par parler de lui. Sa collection raconte ses rencontres, ses goûts, ses souvenirs, une partie de sa vie.
L’artiste crée les œuvres. Le collectionneur crée les liens qui les unissent. Et plus une collection grandit, plus ces liens commencent à dessiner quelque chose.
chercher sa thématique
Quand je regarde des collections, je remarque souvent que certaines thématiques reviennent. Le vivant, le corps, la mémoire, la science, le mouvement, l’humour, les questions de société, un territoire, une génération… Parfois c’est très évident, parfois le collectionneur ne s’en rend même pas compte. Et c’est probablement le conseil que je donnerais pour commencer : chercher ce fil rouge.
Une thématique n’est pas une règle qui dicte les prochaines acquisitions, c’est plutôt une direction, une manière de comprendre ce qui attire le regard et pourquoi des œuvres très différentes peuvent finalement avoir quelque chose à se raconter. Au fil des rencontres avec les artistes et des œuvres choisies, cette thématique peut évoluer, se préciser, bifurquer. Et c’est justement ce qui rend une collection personnelle : petit à petit, les liens apparaissent et l’ensemble commence à raconter quelque chose de la personne qui l’a construit.
C’est aussi comme ça que j’ai pensé mon propre travail d’artiste. Mes œuvres traversent différentes thématiques, le vivant, la science, notre rapport au monde, le futur, les questions de société et selon les personnes, certaines résonnent beaucoup plus que d’autres. C’est ce que je cherche à découvrir avec mon test « Quel·le collectionneur·se es-tu ? » : comprendre ce qui attire ton regard, identifier les thématiques qui te parlent et te faire découvrir les œuvres de mon univers qui pourraient y répondre.
C'est aussi pour cela que j'ai créé La Robotte Art XP
Mon travail ne consiste pas seulement à dessiner.
Il consiste aussi à accompagner celles et ceux qui pensent ne pas avoir les codes, jusqu'au moment où ils comprennent qu'ils les avaient déjà.
Avec La Robotte Art XP, je cherche à te redonner confiance dans ton regard.
Moi, c'est La Robotte, artiste dessinatrice. Ce qui me passionne, c'est la façon dont chacun·e devient collectionneur·se à sa manière et ce que ce choix dit de son rapport au monde.
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